dimanche 31 août 2008

Bigue taille guère char queue !

La tradition, quand je descends dans le sud, c'est la partie de surf avec mes potes du Grau.
Ici, on s'appelle tous par des surnoms, Jean-Louis, c'est Loulou, Gino, c'est le Rital et moi c'est Takédunor'eu. Le siècle et demi, si on parle des trois en même temps.
On se cale, deux cannes chacun, dans une petite crique sur l'Espi où Loulou nous amène, avé sa barquass'eu. On montait tranquillement nos bas de ligne quand le gros 4X4 est arrivé. Deux grands types sont descendus, en waters néoprène et lunettes polarisantes, nous ont gratifié d'un petit "hello" et se sont avancés dans l'eau jusqu'à la poitrine avec leur canne à mouche. Exactement là où on s'apprêtait à lancer.
Ho con, ils se prennent pour Redford'eu, les tourist'eu. Et en plus ils se croill'eu chez eux. Je vais te les riper vit'eu fait.
Laisse tomber, j'ai dit, la mer est à tout le monde.
Mais Loulou est têtu. Et anglophone. 
- Hé, soeur, ouate are you fisching ouiz ze faizzeur ?
- Seabass, of course ! a repondu un type. Good place here !
- So riz soeur, no scie basse ire !
- No seabass here ? But why ?
- Ouiaill'eu, ouiaill'eu, zai are heu fred of ze char queue !
Comme le type avait l'air incrédule, Loulou a sorti un maquereau de la glacière à appâts et un bas de ligne à congre de sa boîte. Il les a tendu à bout de bras et d'une voix caverneuse, en articulant chaque syllabe :
- Yess'eu, bigu'eu taille guèr'eu char queue !
Le deux pêcheurs ont échangé quelques mots dans une langue étrangère, sont sortis de l'eau lentement, à reculons et sont repartis dans leur 4X4.
Deux heures et huit pastis plus tard, nous étions assis autour du feu, à regarder griller notre première dorade.
- Takédunor'eu, a dit le Rital, on est pas bien ici ? Quand je pense que, si on se serait pas rencontré, tu serais encore à pêcher le black bass au Vidourl'eu, avé les autres fadas. Pas vrai Loulou ?
Loulou a secoué la tête, d'un air réprobateur.
- Et en no kill'eu, con !





lundi 18 août 2008

Starting Blog

Le bon côté de la pêche au posé, c'était le temps.
En 5 ans, j'ai appris le Code de la mer, les noeuds, le kung-fu, le point de croix, changer les bougies, les départements et leur préfecture, les pays de l'Union Européenne et leur capitale, vas-y demande tu vas voir, l'anglais, et j'ai même commencé le japonais. C'est sur les kanji que j'ai buté. Sur les sandres aussi.
Manque de concentration, je crois.
La mauvaise conscience aussi. En lochant les vifs, je me suis souvent demandé, si c'était moi qui servait d'appât, où on me le planterait ce putain de triple. J'ai pas trouvé la réponse, mais elle me glace le sang quand-même.
Mais ce qui m'a vraiment fait abandonner la pêche statique, c'est le matos. J'ai arrété entre les détecteurs et la combi camo holographique, juste avant que mon poste de pêche ne ressemble à un camp d'entraînement d'Al Qaîda. Le dimanche, au bord de l'eau, j'aime pas être survolé par des drones.
Donc je passe aux leurres sans trop d'état d'âme.
Chez le détaillant, devant le présentoir des poissons nageurs, j'admire les petites merveilles sans arriver à me décider. J'en ai budgetté deux mais si j'en prenais une dizaine, je pourrais faire un mobile d'enfer dans la salle de bain. Au dessus de la baignoire.
Le vendeur me demande si, Monsieur, je peux vous aider. J'aime bien le bleu avec des écailles. Bon choix, il me répond, c'est un jerkbait suspending, on peut l'animer en stop and go, et même en walking the dog, entrecoupé de petits twitch, de short jerk ou de slide. Mais on a aussi des crankbaits et des topwater...
Et là je me suis dit que, putain, j'avais bien fait d'apprendre l'anglais.