Dommage, chez mon dealer, c'est le plus beau rayon. Je m'y attarde à chaque visite. C'est comme un pélerinage vers l'enfance, quand on se pointait le jeudi devant le présentoir Haribo du tabac du coin, avec nos deux francs cinquante.
Et c'est là, au milieu des bonbons pour poissons, que j'ai remarqué les moins remarquables, six espèces de petits navets à moitié rapés, baignant dans du gros sel, dans un emballage transparent et minimaliste. Le genre que je me serai plutôt attendu à trouver au stand du commerce équitable sur un marché bio. Sur le sachet seulement ces trois mots : Gary Yamamoto Custom Baits.
J'ai dit à mon pote Kevin que je sentais que cette simplicité m'ouvrait les portes d'un nouvel univers, celui de la pêche zen. Lui, il m'a répondu qu'il sentait que j'étais le genre de pigeon ciblé par ce concept de merchandising. C'est pas un poète, le Kevin.
J'amène le sachet à la caisse et je demande comment ça marche, ça. Le vendeur me répond : le tube, c'est un leurre très technique. Avec une façon un peu inquiètante d'insister sur le "tech". D'un autre côté, j'aurais pas été plus rassuré s'il avait insisté sur le "nique".
Une demi-heure plus tard, je suis au bord de l'eau, un peu en amont de la micro-centrale à Koenigsmacker. Oui, c'est en France.
Je sors un tube, je le faire rouler entre mes doigts. J'admire sa texture et sa teinte. Watermelon, j'adore, vraiment. Maintenant j'achète même mes préservatifs de cette couleur.
Je le monte en texan weightless. Le tube, pas le préservatif, mais ma parole tu comprends rien !
Et je pêche, zen. Sur un petit quai qui surplombe la Moselle, je ratisse en éventail, puis je bouge de 5 mètres et ainsi de suite, jusqu'aux deux saules espacés d'un mètre cinquante. Entre les arbres, je me sens à l'étroit pour lancer et je m'aperçois que, sans doute trop sécurisé par le montage texan, je n'ai même pas observé la nage de mon leurre.
Donc, je secoue mon tube dans l'eau juste devant moi, au bord du quai. Non ! Là tu fais exprès de pas comprendre !
Et je le regarde onduler et agiter ses franges.
On a tous sursauté. Moi le premier, puis la canne, ensuite le tube et pour finir un 60+ (à vue d'œil) qui remontait pour le happer.
J'ai pas d'excuse, tout le monde sait, même moi, qu'on-pros-pec-te-d'a-bord-à-ses-pieds. Mais combien de fois, je dois te le répéter ?
Le tube au sel me semblait prometteur et j'ai cherché des informations pour savoir comment l'animer. J'ai posé la question à un bloggeur qui pêche avec ce type de leurre et un bon esprit. Ben, c'est son nom, m'a répondu que c'était une imitation d'écrevisse et que je devais l'animer comme telle. Tu as déjà vu nager une écrevisse ?
Je l'ai remercié du tuyau mais j'ai pas osé avouer que je n'ai jamais vu nager une écrevisse. J'ai rien dit pour les Jerkin Minnows non plus.
De toute façon, avec internet, c'est trop facile.
Et dans Google j'ai tapé : écrevisse + nage.
